JE PENSE COMME UNE FILLE ENLÈVE SA ROBE

Création danse




extrait 1



extrait 2



extrait 3

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Conception et Chorégraphie : Perrine Valli
Interprétation : Jennifer Bonn / Perrine Valli
Création sonore : Jennifer Bonn
Création lumière : Cyril Leclerc
Scénographie : Marie Szersnovicz et Perrine Valli
Décor, costumes et accessoires : Marie Szersnovicz
Régie : Marie Szersnovicz
Vidéoprojection : Akatre / Frédéric Lombard
Captation vidéo : Frédéric Lombard
Administration et diffusion : Tutu production
Collaboration : Jennifer Bonn

Production : Compagnie Sam-Hester
Co Production : Festival Faits d’Hiver, Théâtre de l’Usine

Soutiens
DRAC Ile-de-France, ADAMI, Ville de Genève – Département de la Culture, République et canton de Genève, Ernst Göhner Stiftung, Pro Helvetia, Loterie Romande.
Cette pièce bénéficie d'une aide à la tournée Pro Helvetia et a été choisie "+ des PSO"

Lieux de création
Mains d’Oeuvres, Micadanses, Théâtre de l’Usine

Première
le 20 janvier 2009 Festival Faits d’Hiver, Mains d’œuvres, St-Ouen

Description
texte de Perrine Valli

Mon travail depuis 2005 s’inscrit dans une recherche chorégraphique abstraite. Je souhaite aujourd’hui me confronter à de nouvelles problématiques et ouvrir d’autres pistes de travail.
Cette pièce, un duo danse et voix, aborde le thème du corps prostitué. Je suis donc partie d’une démarche différente : prendre un sujet sociétal qui m’interpelle, celui de la prostitution, et le confronter à mon travail. Ce sujet est traité sous trois angles :

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- Une réfléxion sur l’identitée sexuelle : À partir de la phrase de Georges Bataille « Je pense comme une fille enlève sa robe » je me suis poser la question si un homme peut penser comme une femme ? Peut-il s’approprier son corps et sa pensée ?Le corps prostitué est appréhendé ici comme un corps miroir à travers lequel l’homme et la femme se regardent et se questionnent.
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- Une réfléxion sur la nudité : Dans la prostitution, au delà d’un corps sans vetements, le corps nu devient un corps sans limites, accessibles à tous. Que signifie alors l’acte de se dénuder ? Un corps nu peut-il être neutre ? Quelles sont les limites qui se cachent derrière la nudité ?
- Une réfléxion sur le masculin : Depuis la nuit des temps, le corps prostitué est une source d’inspiration dans la littérature, la peinture, la poésie, il est questionné par les arts, la sociologie, la politique etc. Mais les auteurs sont essentiellement des hommes. Et, qu’il soit masculin ou féminin, le corps prostitué, est un corps - presque uniquement - au service de l’homme. Sans lui, le corps prostitué n’existe pas. Peut-on alors traiter de ce sujet sans évoquer le corps de l’homme ?
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Ces réflexions théoriques ont guidé ma recherche chorégraphique grâce à plusieurs mises en parallèle entre le sujet et le mouvement : L’espace du corps prostitué est souvent réduit (vitrine, voiture, lit…) tous les danses sont ainsi placées dans un espace limité. J’ai travaillé spécifiquement sur les positions verticales et horizontales qui sont, de l’attente à l’acte, les deux positions du corps prostitué. Le corps du client, est souvent vu comme un objet, j’ai donc choisi de confronter mon corps de manière brute (sans lien émotionnel avec celui d’un autre corps humain) en travaillant en contact avec un objet scénique : une « table-lit » qui constitue le décor de la pièce. Je me suis inspirée du rapport à la fois passif et actif entre le corps prostitué et celui de client. Cet objet sert à la fois d’obstacles et de support au corps, le corps peut ainsi se laisser pendre, glisser, tomber, ou s’appuyer, se tenir, se repousser…

Au niveau de la voix, nous avons travaillé à partir de différents textes traitant de la prostitution (Billie Holiday, Nike Cave, Aragon, Cocorosie, PJ Harvey etc.) Comment le langage parle-t-il du corps ? Quel imaginaire naît de ces paroles? Que peut-on signifier avec les mots que le corps ne peut pas ? Ce travail de voix à partir des mots est interprété directement sur scène. Le traitement sonore de la pièce intégrale est constitué d’enregistrements liés aux univers sonores de la prostitution : bruits corporels, moteur de voiture, claquements de talons, souffle du vent…

Texte écrit et interprété sur scène par Jennifer Bonn (extrait 2)

“noir rien que les double projecteurs des véhicules qui rodent coupant à travers les silhouettes des arbres tout autour arbres qui m'effrayent qui me rassurent qui sont ma cachette qui sont ma prison je ne peux pas partir d'ici jusqu'à ce que et déjà j'entends les bruits étranges de cris étouffés rires et plaintes parmi le bruissement des branches et des corps contre la terre et les troncs d'arbres de voitures secouées sur leurs pneus and la faible musique qui parfois filtre par la fente d'un vitre baissé
je suis l'arbre pâle qui se distingue parmi les troncs obscurs mes branches toutes nues parées que de quelques babioles brillantes qui pendent d'une brindille par-ci par-là pour mieux capter la lumière des bas rayons qui balayent les bois le long des routes qui les amènent ici ici pour se laver de leurs sales pensées et mon corps est le réceptacle de leurs plus intimes confessions je suis l'indulgence et notre contrat tacite établie que je dois te pardonner pour ce que mon corps entend de tes désirs coupables pour lesquels je suis l'image et l'outil
je suis la même femme qui partage ton lit je suis la mère de tes enfants je suis son image dans la glace mais toi tu n'as de courage que pour parler à ce miroir et nierait jusqu'à ton dernier souffle que ce reflet pourrait déjà exister dans ce qui est reflété mais elle ne peut pas m'atteindre ni moi elle car ceci est ma place et celle-là la sienne et toi tu es le mur qui nous sépare nous existons dans un monde que tu as crée pour nous selon tes idées et tu dois nous protéger parce que nous sommes faibles dans ce monde qui est la cause même de notre faiblesse et si seulement il y a très très longtemps nous aurions pu manquer de profondeur au point de croire qu'il y avait compétition entre vous et nous mais vous n'étiez pas si naïfs et avez divisé et avez conquis et maintenant elle t'attend à la maison et je t'attend dans les bois obscurs
quand ton travail est terminé et tu es vide et je suis pleine de ton vide couchée sur le sol qui avant était terre et qui maintenant n'est que boue quelques billets froissés serrés dans ma main avec lesquels je suis sensée sécher mes larmes déjà taries depuis longtemps et j'ai déjà oublié ton visage tu n'es qu'une lente brûlure éteinte par l'air frais de la nuit et par la terre humide et je lève le regard sur les noires lignes verticales des troncs d'arbres sur fond de ciel leur jugement silencieux leur compassion silencieuse leur silencieuse complicité avec ce qu'ici à lieu et déjà je dois me remettre debout car ceci ma lamentation n'est que le premier refrain d'un chant nocturne d'un choeur d'arbres pâles pour une salle d'hommes invisibles”